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0.Robert Folz, historien de la sainteté au Moyen Age

von Patrick Corbet

Il ne peut y avoir de surprise à voir évoqués, dans une table ronde consacrée à l'œuvre de Robert Folz, ses travaux sur les saints rois et les saintes reines du Moyen Age. Historien de l'Empire, spécialiste du haut Moyen Age, connaisseur du passé de la Bourgogne, où il fit carrière, le maître dijonnais accorda aussi une constante attention à ce thème, de sa thèse de doctorat d'Etat de 1950 aux «Saintes reines» de 1992 (quatre ans avant sa disparition).

L'ampleur de la tâche effectuée sur cette question n'est pas difficile à prouver. L'établissement de la bibliographie sur le sujet, telle qu'elle figure à la fin de cette contribution, incite à réaliser des comptages. En voici les résultats: même en mettant de côté les deux thèses de 1950-1951 (pourtant liées à ce thème), c'est près de 450 pages de livres et 220 pages d'articles que R. Folz écrivit à ce propos. Si l'on ajoute les conférences, les participations (et souvent les présidences) à des jurys de thèse, [Anm. 1] et surtout les recensions bibliographiques (il y en eut de décisives), l'on constate que R. Folz fut non seulement le spécialiste français du XXe siècle, mais surtout l'un des trois ou quatre savants internationaux qui marquèrent cette question capitale, [Anm. 2] au même titre que Fr. Graus ou E. Hoffmann, pour ne pas parler ici des historiens anglais. [Anm. 3]

Pour entrer plus avant dans l'analyse de cette oeuvre, nous nous livrerons d'abord à un commentaire chronologique de la bibliographie, afin de dégager le cheminement de la réflexion du médiéviste sur ce sujet et sa place parmi ses autres travaux. Dans un deuxième temps, nous nous attacherons à situer les apports fondamentaux de R. Folz à ce domaine.

0.1.Les étapes de l'œuvre de Robert Folz sur la sainteté royale

On trouvera évidemment comme point de départ des recherches de R. Folz sur la sainteté royale ses études de thèse d'Etat, qui forment comme le socle des travaux ultérieurs. Impulsées par Marc Bloch, dont «Les rois thaumaturges» voisinaient le thème ici examiné, la thèse principale sur «Le souvenir et la légende de Charlemagne dans l'Empire» et celle complémentaire sur le culte liturgique du grand souverain dans les églises de l'Empire lui ont assurément donné la maîtrise de nombreuses questions relatives à la sainteté royale: les processus de canonisation, les supports institutionnels de la vénération, la typologie des miracles et surtout le domaine du culte, magistralement traité dans la deuxième thèse, à une époque où il ne figurait guère dans les programmes de l'Université française.

Charlemagne est toutefois un saint un peu particulier. L'entrée de R. Folz dans le champ de la sainteté royale se situe un peu plus tard, après la publication de ses thèses et celle de son livre sur l'idée d'Empire (1953). Elle correspond à l'article de 1958, «Zur Frage der heiligen Könige. Heiligkeit und Nachleben in der Geschichte des burgundischen Königtums». La contribution est un coup de maître, et l'on osera écrire, même si l'adjectif correspond mal à la personnalité du doyen, qu'elle signe de manière fracassante l'arrivée d'un grand savant sur un terrain jusque là jamais aussi bien défini. L'ampleur de l'étude (27 pages [Anm. 4]), le prestige de la revue de publication (le «Deutsches Archiv»), le choix de la langue allemande, qui identifie en R. Folz un maître au pays de Fr. Kern et de P.-E. Schramm, la netteté programmatique du sur-titre («sur la question des saints rois») signalent une publication majeure, ce que confirme l'intérêt des résultats qui dévoilent (on y reviendra) les prémisses de la sainteté royale médiévale. En un coup, l'autorité du spécialiste est établie. Dans la foulée de ce travail fondateur figurent les contributions relatives à saint Dagobert II de Stenay (1963), où R. Folz révèle aux médiévistes un texte où s'aperçoit comme une perle une brillante allusion aux trois fonctions indo-européennes, [Anm. 5] ainsi qu'à saint Sigisbert, parue dans la «Festschrift P.-E. Schramm». [Anm. 6] Avec l'article de 1965 sur saint Sigismond (le second sur ce personnage), ces travaux semblent, compte tenu des délais de maturation de la réflexion et de publication, dévoiler les centres d'intérêt de R. Folz autour de 1960 et constituer une première génération d'études.

La décennie suivante est celle des grandes synthèses historiques du médiéviste, le «Couronnement impérial» (1964), la «Naissance du Saint-Empire» (1967), le «Peuples et civilisations» (1972). C'est pour la sainteté royale, une phase, semble-t-il, de moindre investissement. Les articles, issus de communications dans des colloques («Karl der Grosse», Saint Louis), paraissent davantage à caractère monographique.

Un second temps fort correspond aux dernières années de la carrière universitaire et au début de la retraite (1978) de R. Folz. Il commence avec les pages consacrées à la mérovingienne sainte Bathilde (1975), qui signent l'ouverture du questionnement à la sainteté des reines et inaugurent l'intérêt des haut-médiévistes pour une figure majeure du VIIe siècle qui ne cessera plus d'être attentivement scrutée. [Anm. 7] Elles furent suivies par trois articles (1978-1980), formant une unité, puisque tous consacrés à des rois anglo-saxons du haut Moyen Age. Manifestant une extension géographique de l'enquête, faisant connaître des personnalités et des textes historiques peu connus, dégageant le thème de la souffrance des rois, comme on le redira, ils se placent haut dans la production du maître.

Une dernière phase est celle des deux synthèses, connues de tous, parues aux presses de la Société des Bollandistes. La première, de 1984, examine le cas de vingt-huit saints rois, ayant vécu dans les pays examinés dans les articles ci-dessus évoqués, mais aussi aux marges lentement conquises de la Chrétienté, Scandinavie, Bohême et Hongrie. La seconde, éditée en 1992, étudie quatorze saintes reines ou princesses dont l'existence se situe entre le VIe et les XIIe-XIIIe siècles. Il paraît superflu de rappeler combien ces deux livres parfaitement maîtrisés dans leur exposition et leur documentation constituent l'approche la plus naturelle, la plus commode du problème des saints souverains au Moyen Age.

L'oeuvre de R. Folz sur ce sujet fut donc menée presque jusque sa disparition en 1996. Faisant date, elle est caractérisée par des études formellement achevées, d'une érudition sans faille, couvrant avec aisance huit siècles d'histoire, de saint Sigismond (†523) à saint Louis (†1270). La même ampleur du regard marque aussi l'espace examiné, qui va des Iles britanniques à l'Europe centrale. Comme tous l'ont noté, R. Folz a livré, avec l'ensemble de ses travaux, une indispensable clé d'accès à ce thème, avec des points de vue toujours solides, argumentés et peut-être surtout nuancés. Révélatrices à cet égards sont les réserves qu'il émettait en 1967 vis-à-vis des thèses de Fr. Graus sur l'inexistence d'une sacralité royale d'origine germanique au Moyen Age. [Anm. 8] Rien n'était plus éloigné de lui que ces positions, disait-il, «terriblement systématiques». Au total, il fut le meilleur connaisseur de l'ensemble de la question. Examinons à présent les points où son apport propre fut le plus notable.

0.2.L'apport des travaux de Robert Folz

0.2.1.Les textes: la place de la liturgie

La première originalité des publications de R. Folz dans ce domaine réside dans l'ampleur des sources utilisées dans l'enquête historique. C'est ce que soulignait par exemple en 1989 l'historien hongrois G. Klaniczay relevant l'extrême intérêt des remarques concernant saint Etienne dans le livre de 1984. [Anm. 9] A coté des sources traditionnelles, les documents hagiographiques, se trouvaient convoqués les chroniques, les écrits législatifs et, spécialement, les «Instructions à mon fils» du souverain, porteuses d'informations jamais relevées sur la sainteté de ce dernier. Il ne fait pas de doute que cette largeur de vue et particulièrement l'utilisation nouvelle dans ce champ de documents législatifs et juridiques se relient aux compétences larges acquises lors de la préparation de la thèse de 1950, admirable par la diversité du gisement documentaire exploité.

Ceci étant, il reste clair que le plus remarquable de l'heuristique de R. Folz a été la mise en valeur des textes liturgiques dans l'étude de l'équation de sainteté. Les formules «textes liturgiques», «légende liturgique», «culte liturgique» reviennent de manière constante, jamais interrompue, dans les titres de ses articles. Déjà la thèse complémentaire de 1951 était consacrée à ceux relatifs à Charlemagne. On remarquera aussi que c'est sur ce terrain que le maître, admirable connaisseur du domaine, a spécialement mené une activité d'éditeur. A la différence de Marc Bloch, qui avait publié en 1913 dans les «Analecta Bollandiana» la vita d'Edouard le Confesseur par Osbert de Clare, R. Folz n'édita pas de biographies hagiographiques. Il publia, en revanche, nombre d'offices liturgiques, ainsi à propos de Charlemagne (deux contributions), de saint Sigismond et de l'empereur Henri II.

Il est possible que cet intérêt pour la liturgie (point qui annonce les curiosités de l'historiographie d'aujourd'hui [Anm. 10] Dans un hommage nourri par l'amitié qui l'unissait au disparu, celui-ci soulignait combien la liturgie avait été pour R. Folz la «source première et indispensable d'une spiritualité» et une voie de compréhension de l'esprit médiéval, ceci aussi bien durant l'enfance passée à Metz entre le «grand moutier» et Saint-Vincent, qu'à tous les stades de l'existence, et même jusqu'à l'ultime épreuve. Il n'est pas utile d'en dire plus.

0.2.2.Les thèmes: saints rois mérovingiens et souverains «souffre-passion».

Revenons à la sainteté royale pour dégager d'autres aspects majeurs de la recherche de R. Folz sur cette question. Ils paraissent se situer du côté des rois et des reines du très haut Moyen Age, dont il a rénové de manière définitive la gloire posthume. Il s'agit d'abord des saints rois de la dynastie mérovingienne, en particulier les Austrasiens du VIIe siècle Sigebert III (634-656) et Dagobert II (†679), dont il a, à partir de vitae tardives, expliqué magistralement les raisons de leur résurgence. Nul doute que le Lotharingien d'origine ait trouvé beaucoup de satisfactions dans les résultats de ces travaux.

Mais plus fondamentales encore ont été les recherches conduites sur des figures éclairées par des textes contemporains, à savoir Gontran et Bathilde. Ces saints appartiennent à une première époque de la sainteté royale, celle antérieure à l'émergence du type du roi-confesseur, fidèle sur son trône à la leçon de l'Eglise, qui apparaît autour de l'an Mil avec Henri II, Robert le Pieux, Edouard le Confesseur et aussi, un peu auparavant, avec les reines et impératrices ottoniennes. Avant cette date, les souverains sanctifiés sont des martyrs ou des rois décédés de mort violente. Quant aux souveraines, c'est la phase de leur existence passée au sein des cloîtres qui constitue le support essentiel de leur renommée de sainteté. Telle est la typo-chronologie couramment admise.

Les oeuvres de R. Folz ont montré, par leur précision et leur acuité, combien cette classification méritait d'être nuancée et combien certaines traditions mérovingiennes anticipaient sur les évolutions ultérieures. Pour le cas de Bathilde de Chelles et de sa vita prima, l'historien a dégagé à quel point les chapitres décrivant la reine gouvernant avec sagesse son royaume au milieu des membres de sa famille annonçaient les grandes biographies des Xe-XIe siècles, en particulier du fait de la place accordée à la vertu d'humilité, dont l'association à la dignitas royale rend possible la sainteté du souverain chrétien. Les faits sont proches dans le cas de Gontran, où se dessine le portrait du bon roi, généreux, pénitent, constructeur d'églises, déjà rex et sacerdos, comme le sera saint Etienne de Hongrie. La formule du roi-confesseur s'esquisse ainsi dès Grégoire de Tours. Concluons que R. Folz a dégagé les origines mérovingiennes de la sainteté royale médiévale en son âge classique des Xe-XIIIe siècles.

L'autre groupe de saints haut-médiévaux sur lesquels le maître a apporté des éclairages capitaux semble être celui des rois souffrants, martyrs, assassinés. On touche là un thème vaste et investi par des disciplines variées, l'anthropologie, l'ethnologie, la science des religions et celle des mythes. R. Folz y a, quant au Moyen Age occidental, ajouté sa somme d'observations pénétrantes.

Il a d'abord identifié le premier roi médiéval de cette catégorie, le burgonde saint Sigismond (†523), et surtout dégagé le processus de sanctification en oeuvre dans ces cas. Le point de départ en est l'émotion, l'horreur créées dans le peuple par la mort violente du roi. Lue comme une expiation, elle conduit à effacer les fautes du personnage. Puis arrive la lente, l'hésitante reconnaissance par l'Eglise, qui s'incline devant des famae sanctitatis devenues irrésistibles. La reconnaissance de cette évolution observable à plusieurs reprises constitue un acquis historiographique considérable.

Un autre apport provient des articles des années 1978-1980 consacrés aux rois anglo-saxons et notamment, en raison de son titre frappant inspiré de l'hagiographie russe, [Anm. 11] de celui des «Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres». Dans ces pages, R. Folz rappelle des silhouettes restées jusque là inconnues parmi les rois souffrants et dégage une typologie qui distingue les rois morts au combat contre les païens (Edmond, Oswald) de ceux assassinés dans les joutes politiques (Osvin, Ethelbert, Edouard). Il identifie enfin le maintien de ces formules dans différentes contrées d'Europe, notamment en Scandinavie, en Europe slave et même dans le royaume de France, où il place saint Louis et Charles de Blois dans la continuité des grands souffre-passion du haut Moyen Age, morts à l'exemple du Christ.

Tel paraît être, trop vite résumé, l'impressionnant capital d'observations historiques que nous a livré durant sa brillante carrière le professeur Robert Folz, fondé de pouvoir de sa génération [Anm. 12] de médiévistes sur le terrain de la sainteté royale, mais aussi perspicace et nuancé lecteur d'images et de textes de la civilisation chrétienne du Moyen Age.

0.3. Bibliographie des travaux de Robert Folz sur la sainteté royale

  1. Le souvenir et la légende de Charlemagne dans l'Empire germanique médiéval. Thèse de doctorat d'État, Paris 1950 (rééd. Genève 1973)
  2. Essai sur le culte liturgique de Charlemagne dans les églises de l'Empire. Thèse complémentaire, Paris 1951.
  3. Zur Frage der heiligen Könige. Heiligkeit und Nachleben in der Geschichte des burgundischen Königtums. Dans: Deutsches Archiv 19 (1958), p. 317-344.
  4. Tradition hagiographique et culte de Saint Dagobert, roi des Francs. Dans: Le Moyen Age 69 (1963), p. 17-35.
  5. Vie posthume et culte de S. Sigisbert, roi d'Austrasie. Dans: Festschrift P.-E. Schramm, t. 1, Wiesbaden 1964, p. 7-26.
  6. La légende liturgique de Saint Sigismond d'après un manuscrit d'Agaune. Dans: Speculum historiale. Festschrift Johannes Spörl, Fribourg et Munich 1965, p. 152-166.
  7. Aspects du culte liturgique de saint Charlemagne en France. Dans: Karl der Grosse. Lebenswerk und Nachleben, t. IV, Düsseldorf 1967, p. 77-99.
  8. La sainteté de Louis IX d'après les textes liturgiques de sa fête. Dans: RHEF 57 (1971), p. 31-45.
  9. Tradition hagiographique et culte de sainte Bathilde, reine des Francs. Dans: CRAIBL, 1975, p. 369-384.
  10. Naissance et manifestation d'un culte royal: saint Edmond, roi d'Est-Anglie. Dans: Geschichtsschreibung und geistiges Leben im Mittelalter. Festschrift H. Löwe, Cologne-Vienne 1978, p. 226-246.
  11. Quelques aperçus sur les saints rois du Moyen Age. Dans: Mémoires de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon XXIV (1979/80), p. 43-52.
  12. Trois rois saints «souffre-passion» en Angleterre: Osvin de Deira, Ethelbert d'Est-Anglie, Edouard le Martyr. Dans: CRAIBL, janvier-mars 1980, p. 36-49.
  13. Saint Oswald, roi de Northumbrie. Etude d'hagiographie royale. Dans: Analecta Bollandiana 98 (1980), p. 49-74.
  14. La légende liturgique de saint Henri II, empereur et confesseur. Dans: Mélanges Jacques Stiennon, Liège 1982, p. 245-258.
  15. Les saints rois du Moyen Age en Occident (Vle-XIIIe siècles) (Subsidia hagiographica, 68), Bruxelles 1984, 248 p.
  16. Tradition et culte de Hildegarde, dans Autour d'Hildegarde. Actes du colloque de Metz publiés par P. Riche et al., Centre de recherches sur l'Antiquité tardive et le haut Moyen Age, Université de Paris X-Nanterre, Cahiers V, 1987, p. 19-25.
  17. Les saintes reines du Moyen Age en Occident (VIe-XIIe siècles) (Subsidia hagiographica, 76), Bruxelles 1992, 200 p.

0.4.Résumé

Dans l'œuvre de Robert Folz (1910-1996), le thème de la sainteté royale au Moyen Age a été une récurrente préoccupation. Il ne lui consacra pas moins de deux livres et seize articles, qui l'imposèrent comme le maître français incontesté du sujet et l'un des spécialistes internationaux les plus reconnus.

Ces pages s'attachent d'abord à suivre la chronologie des travaux du maître, depuis la thèse de doctorat d'Etat (préparée sous la direction de Marc Bloch) sur le souvenir et la légende de Charlemagne dans l'Empire (1950), où se discernent les outils conceptuels et heuristiques plus tard mis en œuvre. Une première phase d'intérêt se situe autour de 1960, avec notamment le fameux article (en allemand) du «Deutsches Archiv» sur la tradition royale de Bourgogne (1958). Après la décennie de ses grandes synthèses, R. Folz s'empara à nouveau du thème après 1975, consacrant en particulier trois contributions majeures aux saints rois martyrs anglo-saxons. Les deux livres de 1984 et 1992 sur les saints rois et les saintes reines au Moyen Age couronnent cet itinéraire.

Parfait connaisseur de l'ensemble de la thématique, donnant toute sa place à la liturgie dans l'approche et la compréhension du phénomène, R. Folz s'attacha surtout aux souverains sanctifiés du haut Moyen Age. Il démontra ainsi que le type du roi confesseur, qui s'impose aux Xe-XIe siècles, figurait dès l'époque mérovingienne dans des traditions textuelles comme celles de Gontran et de Bathilde. L'historien dijonnais fut aussi le plus perspicace analyste de la catégorie des rois «souffre passion», martyrs, assassinés. Il en scruta l'origine avec la figure de saint Sigismond, puis le développement selon différentes harmoniques dans les monarchies d'outre-Manche. Il révéla aussi l'attitude prudente de l'Eglise face à de telles légendes et décrivit l'accom­plissement du motif dans l'espace européen, jusqu'à la Russie, durant le millénaire médiéval.

0.5.Zusammenfassung

Im Werk von Robert Folz (1910-1996) begegnet uns immer wieder die Beschäftigung mit dem Thema der Heiligkeit der Könige im Mittelalter. Dieser Frage hat er nicht weniger als zwei Monographien und sechzehn Aufsätze gewidmet, die ihn als  d e n  französischen und auch einen der anerkanntesten internationalen Experten zu diesem Thema ausweisen.

Der vorliegende Vortrag orientiert sich zunächst an der Chronologie der Werke des Meisters, beginnend mit seiner Dissertation (betreut von Marc Bloch) über die Erinnerung an und die Legendenbildung um Karl den Großen (1950), in der sich bereits die konzeptionelle und heuristische Herangehensweise erkennen lassen, die Folz später perfektioniert hat. Ein erster Schwerpunkt dieses Interesses zeigt sich um 1960, als der berühmte Aufsatz über die Königstradition in Burgund (in deutscher Sprache), im „Deutschen Archiv für die Erforschung des Mittelalters“ (1958) erschien. Nach einem Jahrzehnt der großen Überblickswerke wandte sich Robert Folz 1975 erneut seinem ersten Forschungsschwerpunkt zu und widmete insbesondere drei große Aufsätze den heiligen angelsächsischen Märtyrerkönigen. Mit den zwei Monographien von 1984 und 1992 über die heiligen Könige und die heiligen Königinnen im Mittelalter krönte er sein Werk zu diesem Thema.

Als perfekter Kenner des gesamten Themenkomplexes, der bei der Annäherung an dieses Phänomen und beim Versuch, es zu verstehen, der Liturgie einen wichtigen Platz einräumte, verfolgte R. Folz vor allem die Spur der heiligen Herrscher des frühen Mittelalters. So konnte er nachweisen, dass der Typ des Bekenner-Königs, der sich im 10./11. Jahrhundert durchsetzt, bereits seit der Merowingerzeit in den überlieferten Texten, zum Beispiel über Guntram und Balthilde, vorkam. Der Historiker aus Dijon war auch der scharfsinnigste Analytiker, wenn es um die Könige ging, die eine „Passion erlitten“, gemartert oder ermordet wurden. Er entdeckte den Ursprung dieses Typus in der Person des heiligen Sigismund und untersuchte die Entwicklung anhand verschiedener Übereinstimmungen in den Königreichen jenseits des Kanals. Er deckte auch die vorsichtige Haltung der Kirche gegenüber solchen Legenden auf und beschrieb, wie sich das Motiv während des mittelalterlichen Jahrtausends im gesamten europäischen Raum, bis hin nach Russland, vervollkommnete.

Anmerkungen:

  1. Nous songeons à la thèse d'Etat d'A. Vauchez à la Sorbonne en 1978 ou à la nôtre (3e cycle) à Nancy en 1984. Zurück
  2. Notons, sans s'en étonner, que la réception des travaux de R. Folz a été forte en Allemagne. Dans le volume collectif: J. Petersohn (Hrsg.): Politik und Heiligenverehrung im Hochmittelalter (Vorträge und Forschungen XLII), Sigmaringen 1994, ses contributions sont abondamment citées. Zurück
  3. Voir les travaux de W. Chaney, S. Ridyard. Zurück
  4. C'est la plus longue des contributions de R. Folz sur ce thème. Zurück
  5. Et aussi aux pouvoirs charismatiques des rois sur la nature et les récoltes. Le passage fut ultérieurement commenté par G. Duby, Cl. Carozzi et M. Bur. Zurück
  6. Rappelons que le savant allemand avait livré un compte rendu tout-à-fait favorable de la thèse d'Etat de R. Folz. Zurück
  7. Voir les travaux d'A. Dierkens, J. Nelson, R. Le Jan. Zurück
  8. Recension de: Volk, Herrscher und Heiliger im Reich der Merowinger, Prague 1965. Dans: Revue historique 91 (1967), n° 2, p. 154-156. Zurück
  9. Sainteté royale et sainteté dynastique au Moyen Age. Traditions, métamorphoses et discontinuités, Cahiers du Centre de recherches historiques (Paris, E.H.E.S.S), avril 1989, n° 3, p. 69-79 (p. 73). Zurück
  10. Voir en particulier les travaux d'E. Palazzo./ANM>) explique la situation un peu en retrait de R. Folz dans l'entreprise monumentale et pionnière dans ce type d'ouvrage historique que fut le colloque «Karl der Große». Quinze ans après sa thèse magistrale sur la vie posthume de l'empereur et au moment où il publiait, dans une collection de premier plan, sa synthèse sur le sacre de 800, il ne figure au sommaire des quatre volumes que pour des «Aspects du culte liturgique de saint Charlemagne en France». On ne peut douter que R. Folz ait vu dans sa contribution un apport indispensable et que nul autre n'aurait pu apporter. La clé de ces interrogations réside certainement dans la formation et, au delà, dans la personnalité profonde de R. Folz. On en lit la confirmation dans une évocation de la vie et de l'oeuvre de l'historien, délivrée par le doyen J. Schneider. Hommage à R. Folz (1910-1996), Mémoires de l'Académie nationale de Metz, 1997, p. 65-75. Zurück
  11. A partir des traditions des princes Boris et Gleb. Zurück
  12. Nous reprenons là une formule de L. Musset, historien qui collabora avec R. Folz (dans le volume «Peuples et civilisations» de 1972). Zurück