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Biographie de Robert Folz

von Alain Saint-Denis

Robert Folz est né en 1910 à Metz. Son père était professeur au lycée. Sa mère était la fille de Nicolas Jung qui devint maire de la ville en 1919.  

Il a fait ses études dans cette ville, puis à la Faculté des Lettres de Nancy et enfin à Strasbourg. Il était titulaire de la licence d'Histoire complète à 19 ans en mars 1929, et du diplôme d'études supérieures en novembre de la même année. Chose peu commune, il a publié son premier ouvrage «Le concordat germanique et l'élection des évêques de Metz» moins de deux années plus tard.

En 1933 il est reçu brillamment à l'agrégation d'Histoire et Géographie. Il est nommé au Lycée de Mulhouse (1933-4), effectue ses obligations militaires et reçoit un poste au lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg (1935). Il part à Berlin dans le cadre de la préparation d'une thèse sur la légende de Charlemagne entreprise sous la direction de Marc Bloch (1936-7). De retour à Strasbourg, il se marie le 23 décembre 1937 puis élabore la plus grande partie de son ouvrage avant que la mobilisation du 26 août 1939 ne vienne l'interrompre pour longtemps.

Après la défaite et l'armistice, il enseigne pendant une courte période au lycée de Périgueux, puis rejoint Oran (1941) où il devient professeur au lycée. Jusqu'à son départ, il demeura en contact avec son maître. Il le rencontra pour la dernière fois durant l'été 1941 près de Montpellier avant que le grand historien ne gagne la clandestinité.

Robert Folz se joignit aux troupes alliées dès leur débarquement en Afrique du Nord et participa activement à la libération de l'Italie, puis de la France. Il occupa les fonctions d'interprète et reçut pour les services insignes qu'il a rendus plusieurs décorations prestigieuses dont la Medal of Freedom américaine.

Après la guerre, il retrouva son poste à Strasbourg, reprit ses recherches et, malgré la disparition tragique de son maître, acheva sa thèse. Il se retirait pour écrire dans un petit chalet alsacien situé dans la forêt surplombant la vallée de la Lauch, au pied du grand ballon de Guebwiller. Ainsi fut mené à bonne fin: «Le souvenir et la légende de Charlemagne dans l'Empire germanique médiéval et Étude sur le culte liturgique de Charlemagne dans les églises de l'Empire».

Entre temps, en 1947, peu après la naissance de son fils Jean-Martin, Robert Folz se vit proposer le service de la chaire d'Histoire du Moyen Âge à la Faculté des Lettres de Dijon où il décida de s'installer. La soutenance des deux thèses eut lieu à la Sorbonne en 1949 Ces ouvrage des plus novateurs, reposant sur des dépouillements d'archives d'une ampleur exceptionnelle furent édités en 1950 et 1951. Ils valurent à leur auteur de nombreuses récompenses et des invitations à enseigner en Allemagne, en Italie et en Belgique.

À Dijon, Robert Folz assura, pendant un temps, les cours d'Histoire Ancienne et d'Histoire du Moyen Âge avant de devenir professeur titulaire de la chaire d'Histoire du Moyen Âge en 1952. Il prit une part très active au développement de l'enseignement de sa spécialité et mit en place la préparation à l'agrégation d'Histoire. Assesseur du doyen de 1955 à 1967, membre du conseil de l'Université, il consacra beaucoup de son temps à la vie d'un établissement auquel il resta toujours attaché malgré les propositions qui lui furent faites d'une chaire en Sorbonne et du rectorat de l'académie de Poitiers. Il participa de près au développement de l'Université à l'époque où furent construites sur un vaste campus les nouvelles facultés des Sciences, des Lettres, de médecine et de pharmacie. Après 1968, il se vit charger d'une lourde responsabilité: celle de diriger la nouvelle unité de formation et de recherche dite des Sciences Humaines, un ensemble sans grande cohésion dans un contexte troublé. Sa patience infinie, son savoir-faire et un travail considérable lui permirent de surmonter ces handicaps et de dépasser les agressions sectaires dont il fut victime. Il parvint à créer dans cette nouvelle faculté un département de Musicologie aujourd'hui florissant et réputé. Il dirigea, en même temps le département d'Histoire (1968-1978).

Pendant 31 ans, il a participé à la formation de très nombreux étudiants intervenant à tous les niveaux du DEUG à l'agrégation. Ses cours avaient une réputation telle qu'ils attiraient des auditeurs libres en grand nombre. Ceux qui ont eu le bonheur de suivre son enseignement, dispensé debout, d'une voie claire et forte, avec pour seul soutien quelques demi feuilles de papier de récupération couverts d'une fine écriture noire n'ont pas oublié l'enthousiasme, la précision, la clarté et l'exigeante maîtrise dont il savait faire preuve. Cette aisance, il la devait à des dispositions personnelles incontestables mais aussi à un travail de préparation très soigné qui était la marque du profond respect qu'il avait pour ses auditoires. Malgré les lourdes charges qu'il exerçait, la porte de son bureau très enfumé, était toujours largement ouverte aux collègues et aux étudiants qu'il savait écouter avec respect, attention et bienveillance. Sa sensibilité et son intuition lui permettaient de percevoir les difficultés de son interlocuteur sans jamais que ce dernier ait besoin de trop en dire. Il avait l'art de délivrer des conseils avec discrétion et des messages d'encouragement sans insister par un simple regard ou par une poignée de mains infiniment variée accompagnée de quelques mots toujours parfaitement adaptés aux circonstances. Moments inoubliables pour ceux qui les ont vécus.

Durant toutes ces années, son rayonnement scientifique l'a amené à siéger dans les plus hautes instances universitaires. Il est devenu titulaire résident de l'Académie de Mayence et correspondant de l'Institut de France et de la British Academy. Il s'est engagé avec conviction pour favoriser la réconciliation franco-allemande et nouer des relations amicales puis une coopération suivie entre l'Université de Bourgogne et celle de Mayence dont il a été élu docteur Honoris causa. Malgré toutes ces activités dont l'addition semble susceptible de remplir plusieurs vies, Robert Folz qui savait dompter le temps avec un art consommé a réussi à écrire sans cesse. Il nous a laissé une œuvre considérable.

Dominée par plusieurs livres, considérés comme de grands classiques qui demeurent des références: «L'idée d'Empire en Occident» (1953); «Le couronnement impérial de Charlemagne» (1964); «La naissance du saint Empire» (1970); «De l'Antiquité au Monde Médiéval» dans la collection Peuples et Civilisations (1972, 1990); «Les saints rois du Moyen Âge en Occident (VIe-XIIIe siècles)» (1984); «Les saintes reines du Moyen Âge en Occident (VIe-XIIIe siècles)» (1992). Mais comment ne pas évoquer les dizaines d'articles publiées en français ou en allemand et des centaines de recensions et de bulletins critiques qu'il a livrés très régulièrement au cours de sa carrière dans «Erasmus», «Le Moyen Âge», «Les cahiers de civilisation médiévale, les Annales de Bourgogne» et surtout la «Revue Historique» où durant 33 ans grâce au fameux «Bulletin d'Histoire de l'Allemagne» il a mis à la portée des historiens français la meilleure part de la production historique allemande sur le Moyen Âge.

Robert Folz a travaillé jusqu'à ce que la maladie, le chagrin, la souffrance, les conditions de vie accablantes qui ont été celles de derniers mois de sa vie ne l'en empêchent. La sérénité avec laquelle il a affronté ces épreuves répétées et la Foi profonde qui l'animait malgré tout suscitent à nouveau l'admiration.

Il a quitté ce monde dans la plus grande discrétion le 5 mars 1996. L'Université de Bourgogne à laquelle il a légué sa riche bibliothèque a perdu un grand savant et un serviteur dévoué.

Résumé

Robert FOLZ est né en 1910 à Metz. Il a fait ses études dans cette ville, puis à la Faculté des Lettres de Nancy et enfin à Strasbourg. En 1933 il est reçu brillamment à l'agrégation d'Histoire et Géographie. Il part à Berlin dans le cadre de la préparation d'une thèse sur la légende de Charlemagne entreprise sous la direction de Marc Bloch (1936/1937). Ses travaux furent interrompus par la seconde guerre mondiale au cours de laquelle il perdit son maître. Il participa activement à la libération de l'Italie et de la France au côté des troupes alliées. Après la soutenance remarquée de sa thèse intitulée Le souvenir et la légende de Charlemagne dans l'Empire germanique médiéval, il fut nommé professeur d'Histoire du Moyen Âge à l'Université de Dijon (1947) et conserva ce poste jusqu'en 1978. Engagé dans l'administration de son établissement, il fut l'infatigable artisan du rapprochement franco-allemand. Il assura dans la Revue Historique durant 33 ans le fameux Bulletin d'Histoire de l'Allemagne où il a mis à la portée des historiens français la meilleure part de la production historique allemande sur le Moyen Âge. Il fut l'initiateur d'une coopération suivie avec l'Université de Mayence dont il fut élu docteur Honoris causa. Il devint en outre titulaire résident de l'Académie de cette ville, puis correspondant de l'Institut de France et de la British Academy. Son œuvre d'une ampleur impressionnante est jalonnée de grands classiques: L'idée d'Empire en Occident (1953); Le couronnement impérial de Charlemagne (1964); La naissance du saint Empire (1970); De l'Antiquité au Monde Médiéval [coll. Peuples et Civilisations] (1972, 1990); Les saints rois du Moyen Âge en Occident (VIe-XIIIe siècles) (1984); Les saintes reines du Moyen Âge en Occident (VIe-XIIIe siècles). (1992). Robert Folz a quitté ce monde dans la plus grande discrétion le 5 mars 1996.

Zusammenfassung

Robert FOLZ wurde 1910 in Metz geboren. In dieser Stadt begann er auch seine Studien, die er an der Philosophischen Fakultät von Nancy und schließlich in Straßburg fortsetzte. 1933 bestand er glänzend seine Agrégation in Geschichte und Geographie. Zur Vorbereitung einer Doktorarbeit über die Legende Karls des Großen, die von Marc Bloch betreut wurde, ging er 1936/1937 nach Berlin. Seine wissenschaftliche Arbeit wurde durch den Zweiten Weltkrieg unterbrochen, in dessen Verlauf er seinen akademischen Lehrer verlor. Folz war aktiv an der Befreiung Italiens und Frankreichs auf Seiten der alliierten Truppen beteiligt. Nachdem er seine Dissertation mit dem Titel Le souvenir et la légende de Charlemagne dans l'Empire germanique médiéval (Karl der Große in Erinnerung und Legende im Deutschen Reich des Mittelalters, 1950) in bemerkenswerter Weise verteidigt hatte, wurde er zum Professor für mittelalterliche Geschichte an die Universität Dijon (1947) berufen, wo er bis 1978 lehrte. In der Verwaltung seiner Universität wurde er zum unermüdlichen Gestalter der französisch-deutschen Annäherung. 33 Jahre lang sorgte er für das regelmäßige Erscheinen des berühmten Bulletin d'Histoire de l'Allemagne in der Zeitschrift Revue Historique, wodurch er den französischen Historikern den größten Teil der Produktion der deutschen Geschichtswissenschaft über das Mittelalter zugänglich machte. Er initiierte die Zusammenarbeit mit der Universität Mainz, zu deren Ehrendoktor er ernannt wurde. Er wurde außerdem als ständiges Mitglied in die Akademie der Wissenschaften und der Literatur in Mainz berufen; daneben war er korrespondierendes Mitglied des Institut de France und der British Academy. Aus seinem wissenschaftlichen Werk, das einen eindrucksvollen Umfang erreichte, ragen einige große Standardwerke besonders heraus: L'idée d'Empire en Occident (1953), Le couronnement impérial de Charlemagne (1964), La naissance du saint Empire (1970), De l'Antiquité au Monde Médiéval [coll. Peuples et Civilisations] (1972, 1990), Les saints rois du Moyen Âge en Occident (VIe-XIIIe siècles) (1984), Les saintes reines du Moyen Âge en Occident (VIe-XIIIe siècles) (1992). Robert Folz hat diese Welt am 5. März 1996 still verlassen.